Cette semaine, nous avons rencontré Michel Goya. Personnalité atypique, ovni du monde des armées et aussi historien. Il est l'auteur d'un blog reconnu "la voie de l'épée" consacré aux questions militaires et plus globalement autour de la notion de défense du territoire.

Marion : Qui êtes-vous, Michel Goya ?

Je suis un soldat écrivain. Après avoir beaucoup vécu et m’être parfois battu, j’analyse, j’enseigne, j’explique aussi parfois dans les médias, la chose combattante, du comportement sous le feu à la manière dont les armées ont innové au cours du temps en passant par les conflits en cours.

Marion : Votre parcours professionnel est riche : du militaire à l’analyste de conflits et historien, comment expliquez-vous votre carrière ?

Ma carrière a toujours entremêlé trois axes : la formation, les opérations et la réflexion selon des parts à peu près égales. J’ai passé ainsi plus de quatorze ans dans des unités de combat en partant du bas de l’échelle et participé à plusieurs opérations dans différents pays en crise ou en guerre. Après ma réussite au concours de l’École de guerre, j’ai fait pendant dix ans une carrière d’analyste du métier, ce qu’on appelle le retour d’expérience, et l’étude des conflits dans le monde. D’une certaine façon je poursuis toujours cette phase depuis que j’ai quitté l’armée. Tout au long de ces deux phases, j’ai été élève de quatre écoles militaires, d’une université et de différents centres de formation, soit dix ans de formation au total, depuis l’apprentissage du commandement d’un groupe de combat d’infanterie jusqu’à un doctorat d’histoire. J’ai pu faire et apprendre une foule de choses très diverses, du combat à l’enseignement en passant par le conseil et l’organisation, dans de nombreux endroits du monde.

Extrait du blog de Michel Goya

Marion : Vous avez une posture originale dans un milieu professionnel  encadré, comment cela se fait-il ?

Le milieu professionnel militaire est « relativement » encadré et codé. Contrairement à une certaine image, un officier dispose d’une grande initiative dans la conduite des missions qu’il reçoit. Certaines sont permanentes, comme l’entrainement ou le suivi de la gestion des subordonnés qu’il commande, d’autres sont ponctuelles et opérationnelles. Ma particularité est peut-être d’avoir poussé plus loin la recherche théorique et l’écriture que ce que ne l’exigeait mon métier.

Marion : Mélangez-vous votre travail à vos passions personnelles ?

Mon travail est généralement ma passion ou plus exactement je me suis efforcé de faire correspondre les deux. Cela ne m’empêche pas bien sûr de faire autre chose, du sport par exemple, le rugby en particulier. De lire et de regarder beaucoup aussi.

Marion : Quelle rôle la formation a joué dans votre évolution professionnelle ?

Tout militaire, quel que soit son grade, est considérablement formé tout au long de sa carrière. J’ai passé un tiers de ma carrière comme élève et stagiaire. C’est indispensable. Être pilote de chasse ou fantassin, puis commander une section de combat ou encore un régiment et plus encore, ne demande pas les mêmes compétences. Il faut les apprendre. Et comme un officier va franchir presque toutes les étapes de commandement, il va passer régulièrement par une école de formation. Il faut aussi acquérir des compétences spécifiques, en langue par exemple. Quand j’ai réussi le concours de l’École de guerre, on m’a proposé une liste de formations possibles, qui correspondait à des postes possibles à l’avenir. J’ai choisi à presque quarante ans de passer faire de l’Histoire pendant deux ans à la Sorbonne. Ce que j’y ai appris m’a grandement servi par la suite.

Marion : Comment définiriez-vous votre rapport au travail ?

En fait, je n’ai pas l’impression de travailler. Je ne m’ennuie jamais, puisque je peux souvent travailler sur ce que je veux. Tout ce que je fais me plaît. Ma vraie difficulté est plutôt de ne pas travailler.

Marion : Vous étiez intervenant dans un atelier Shake My Firm il y a quelques temps, quel a été votre rôle ?

L’idée était de confronter des dirigeants d’entreprise à une expérience différente mais inspiratrice. Plus précisément, il s’agissait pour moi d’expliquer comment les armées font face à des adversaires asymétriques, c’est-à-dire des organisations qui ressemblent beaucoup aux structures de plateforme face aux grandes entreprises. J’ai beaucoup appris au contact de ces managers. C’était passionnant !

Marion : Quels sont vos projets à venir ?

Je rentre d’une semaine de cours en Mauritanie au sein du Collège de défense des pays du G5 Sahel. Je prépare maintenant la publication d’un livre qui reprend les cours que je donnais à Sciences Po sur la transformation des armées au cours des âges. J’écrirai ensuite un manuel de tactique. Entre temps, j’expliquerai à des journalistes ce qu’on ressent sous le feu et à des étudiants d’une école de commerce comment on peut s’y adapter ou comment l’armée française a réussi la plus grande transformation de l’histoire du pays de 1914 à 1918. Je rêve maintenant de devenir aussi romancier...

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© Crédit photo Jeswin Thomas / Unsplash

Marion pour Shake my Firm